De cultiver à culturer

Cultiver ou culturer ? Lao Cai

Fort de son implication dans deux événements hors normes à Strasbourg, le Metal Opér’art (2017) et la projection de l’Exorciste en l’église Saint-Guillaume (2018), Lao Cai a acquis la certitude que la culture souffre chez beaucoup de son enfermement dans des cases.
A travers ces deux exemples, nous souhaitons démontrer que ces barrières empêchent les uns d’avoir simplement connaissance des goûts des autres. 

Lao Cai a rejoint fin 2016 les organisateurs du Metal Opér’art, alors que l’affiche de ce premier festival de metal dans un opéra se tenait en France. Une première qui s’est déroulée en avril 2017 à l’Opéra National du Rhin, avec l’appui important des équipes de l’ONR et de la Ville de Strasbourg. Cet événement marquait aussi l’apparition d’une nouvelle assciation, ALCA Culture, dont l’objectif est de faire bouger la culture dans le Grand-Est (appelé encore ALCA au moment de la création de l’association).

Le concept, pourtant, de produire dans un opéra une musique non-classique n’est pas nouveau. On ne compte pas les enregistrements de concerts pop, rock, metal ou autres réalisés au Royal Albert Hall de Londres. Jusqu’à cette performance ahurissante d’Eric Idle (Monty Python) qui a fait jouer les chansons des différents films de sa troupe dans cette salle mythique, et en tournée, comme en témoigne le DVD / Blu Ray "Not the Messiah (He's a Very Naughty Boy) ». 
On citera aussi le S & M, concert metal/classique commun de Metallica et Michael Camen au Philharmonique de San Francisco en 1999.

MetalOper'art - Lao Cai le Blog

En France le metal a mauvaise presse

Tellement mauvaise presse que personne n’a pensé qu’il pourrait quitter les salles sombres où il est habituellement joué.

Lao Cai a participé ici à un exercice de pédagogie pour amener presse et public à passer outre les préjugés. Et c’est sans encombre que près de 600 metalleux, répondant aux codes du genre (cuir, clous, têtes de mort) sont entrés dans l’Opéra National du Rhin. Où ils ont assisté à un concert de metal, mais avec les codes du public d’un opéra ! Assis, silencieux pendant les morceaux, ils ont découvert un monde que beaucoup d’entre eux, selon les témoignages recueillis, jugeaient trop lointain, fermé. En parallèle, quelques habitués des lieux ont tenté l’expérience. Retours ici aussi globalement positifs, certains spectateurs sexagénaires demandant dans la foulée à tester les concerts metal à La Laiterie, salle emblématique du genre à Strasbourg.

"Le film l'exorciste dans une église ? scandaleux !"

Pour la projection de L’Exorciste en l’église Saint-Guillaume, Lao Cai est intervenu dès le début du processus pour collaborer avec les organisateurs (paroisse, Festival Européen du Film Fantastique - FEFFS - et Ville de Strasbourg) au montage de l’événement. Il a fallu ici aller à l’encontre d’autres préjugés, plus insidieusement ancrés : « film d’horreur », « dégueulasse », « satanique », « indigne » ont été parmi les termes entendus très rapidement. Ici aussi, nous avons effectué un travail de pédagogie pour démontrer que du livre de William Blatty (1971) au film de William Friedkin (1973) les apparences et la réception du public ont été faussées par la légende urbaine. Il s’avère que livre puis film sont un témoignage de la lutte du Bien contre le Mal, de la quête de foi et du don de soi. Bref, autant de thématiques directement liées à la religion. 

Cette projection s’est tenue dans le cadre d’une levée de fonds pour une église. L’objectif de la projection était clairement d’attirer vers ce lieu de religion, de culte et de rencontre un public qui n’aurait jamais franchi les portes de l’édifice. Avec ce but : faire comprendre aux 1000 personnes présentes qu’une église n’est pas forcément le lieu sacralisé que certains veulent croire, mais un lieu d’échanges, de discussion et bien évidemment avant toute autre chose, de patrimoine. 

MétalOper'art Strasbourg Lao Cai

Chacun de ces deux événements a eu un fort impact sur le public. 

Qui plus est positif dans une très grande majorité des réactions recueillies. On ne peut certes pas plaire à chacun, et les avis négatifs ont été analysés. Ils ont résulté, pour la plupart, d’une incompréhension du projet liée aux prismes personnels de leurs auteurs. Incompréhension liée à leurs croyances, leur foi, leurs goûts personnels. Mais il n’a pas été une seule fois rapporté d’argument autre que des opinions pour exprimer un avis négatif. Là où des arguments objectifs in favorem ont été nombreux !

La conclusion qui s’impose à nous est la suivante : un lieu et un événement a priori incompatibles ne sont en aucun cas un frein à la propagation de messages culturels. Il faut tenter toutes les associations possibles, avant d’évaluer quels liens sont suffisamment forts entre la thématique et le lieu pour leur découvrir une forme commune d’ADN. C’est à ce moment-là que tout se joue : si la connexion devient naturelle, tout peut s’enchaîner positivement. 

Il faut désormais non plus cultiver notre jardin, ou nous cultiver, mais bien culturer et se culturer, que la faute (de français) d’hier devienne norme de demain. 

Deux citations fort connues accompagnent d’ailleurs nos travaux, presque devenues mantras : 

Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément. » (Nicolas Boilleau)

L'art ne veut pas la représentation d'une chose belle mais la belle représentation d'une chose. » (Emmanuel Kant)