Biker, motard et homme de loi

Jean-Luc Donath, un homme libre

Entretien avec Jean-Luc Donath

Biker, motard et homme de loi. Un peu comme Jon et « Ponch » qui ont fait rêver des centaines de milliers de jeunes des années 80, Jean-Luc Donath est les deux à la fois : motard de la Police nationale. A côté, son cheval d’acier lui a ouvert le monde via sa passion des voyages et des rencontres. Jusqu’à devenir marschall sur le BMW GS Trophy 2018 qui s’est couru dans les paysages sublimes des steppes de Mongolie.

Jean-Luc, vous êtes motard de la police, vous avez été marshall pour un raid assez étonnant. Comment vous êtes-vous retrouvé dans cette
aventure ?

Tout a commencé au printemps 2011, quand Serge, le patron de la concession BMW Motorrad Strasbourg m'a parlé de la première édition du GS Trophy en France. Cette manifestation internationale existe depuis 2008, mais la France n'y avait pas participé jusqu'alors. C'est avec aucune notion de l'évènement que je me suis inscrit, 10 ans après avoir arrêté ma carrière en compétition moto, aimant relever les défis et les challenges moto. Avec deux/trois gars rencontré sur les forums moto, nous avons participé à cette première épreuve Française.

J’ai terminé a la 8ème place, sur plus de 100 participants. L’ambiance, l’esprit de l’évènement, les rencontres et mon résultat m’ont motivé pour participer aux éditions suivantes. La concession BMW de Strasbourg a joué le jeu et m’a mis à disposition une moto plus adaptée à l’évènement. C’est ainsi qu’en 2012, j’ai terminé à la 5ième place, mais l’objectif n’était pas atteint. En effet les trois premiers de chaque sélection nationale, sont qualifiés pour le GS Trophy international. Cet évènement organisé par la firme Bavaroise a lieu tous les deux ans, et après la Tunisie en 2008, l’Afrique du sud en 2010, l’Amérique du Sud en 2012, c’est au Canada qu’était programmée l’édition 2014. Et ce coup-là, je voulais pas louper l’opportunité d’y participer ! Après une préparation physique, mentale, avec le soutien de mon concessionnaire pour la préparation de la moto, j’ai enfin accédé au saint Graal en terminant 2ième de l’édition 2013 qualificative pour le GS Trophy international 2014 au Canada. Cette participation au Canada, avec une 3ème place mondiale de l’équipe de France, m’ont vraiment donné envie de rejoindre l’équipe d’organisation pour pouvoir refaire une édition internationale. Un des instructeurs canadiens ayant participé en 2010 en Afrique du Sud comme concurrent et marshall au Canada en 2014 m’a indiqué la marche à suivre pour refaire un GS Trophy.

Il est en effet impossible pour un participant de se qualifier à nouveau, le règlement interdisant deux participations en tant que concurrent à l’évènement. En quatre ans j’ai passé ma formation pour devenir instructeur international tout terrain BMW, et j’ai réussis à convaincre BMW France et Munich de m’engager comme marshall au GS Trophy 2018 en Mongolie.

Le rêve est devenu réalité...

Motard et policier...

Motard d'abord ? Vous avez choisi votre métier par rapport à cette passion ?

Depuis l’âge de 12 ans je voulais faire un métier qui touche à la moto. J’ai un oncle de 4 ans mon aîné qui m’a donné le virus en me faisant faire un tour sur sa Honda 125 Twin rouge en 1979. Ce fut une véritable révélation, et même une obsession, il fallait que je trouve un job dans le monde de la moto. Comme beaucoup de jeunes garçons, les motards de la Police Nationale me faisaient rêver, et après un Bac F6 de chimie, je me suis immédiatement inscrit au concours de gardien de la Paix en 1987. J’ai intégré l’école de Police de Fos- sur-Mer en janvier 1989. En mars 1992 j’ai passé ma formation motocycliste de trois mois à l’école de Sens, étant à l’époque le plus jeune motard Police de France. J’ai toujours aimé l’ordre et la discipline, venir au secours des personnes et des biens, si en plus je le fais en moto…. Allier sa passion et son métier, ce n’est pas donné à tout le monde, et je suis conscient de la chance que j’ai.

Jean Luc Donath Mongolie 2018

Ce raid en tant que Marshall, après celui en tant que concurrent, c'est une autre vie pour vous ?

Ce n’est pas une autre vie, mais une formidable expérience de vie. Découvrir de nouveaux pays, des nouvelles cultures, avec ce formidable vecteur de communication qu’est la moto, c’est juste magique.

De plus, l’ensemble des participants (concurrents, organisateurs, VIP, sponsors, médias) sont tous animés par la même passion et ont cet esprit de GS (Spirit of GS) que sont le voyage, le partage, la fraternité et la passion de marque BMW Motorrad. Faire partie de cette famille vous permet de ne jamais être seul lorsque vous voyagez dans le monde, dans chaque région du globe vous trouverez un, ou plusieurs passionnés qui vous ouvriront grand leur maison et se feront un plaisir de vous faire connaître leur
région, pays, culture…


Quelles seraient les valeurs particulières aux motards qui accompagnent votre métier au quotidien ?

Pour moi, tout d’abord être motard, c’est être libre, c’est avoir de la solidarité avec les autres motards, partager une même passion, peu importe le type de moto, c’est l’esprit qui compte. Il ne suffit pas seulement d’avoir son permis, d’acheter une moto, et on devient motard… Il faut avoir cet état d’esprit si particulier, et que vous ne retrouvez que très rarement chez les utilisateurs d’autres véhicules.

Il m’arrive souvent de m’arrêter au bord de la route, en tenue motocycliste de Policier, et discuter avec d’autres motards, surpris au départ, ils comprennent très rapidement que je suis un vrai passionné, et au-delà de l’uniforme un vrai échange se met en place et permet bien souvent de distiller un message de sécurité routière d’une manière pédagogique différente. Cela est possible grâce à cette passion commune qu’est la moto.

Que retiendrez-vous de ces deux raids ?  sur un plan humain ? sur le plan de l'organisation ?

Ce que je retiendrai en premier sur le plan humain, c’est cette formidable fraternité entre tous les participants des GS Trophy. Ce n’est pas une course, BMW Motorrad a créé le GS Trophy pour faire se rencontrer les personnes du monde entier partageant la même passion pour la BMW R1200 Gs qui est la moto de plus de 1000cm3 la plus vendue au monde. Et ça marche !!!! J’ai déjà hébergé et fait visiter l’Alsace à des participants venant d’Argentine, d’Angleterre, d’Allemagne, de Mongolie, d’Italie, d’Espagne et ce n’est pas fini. Cet hiver un des marshalls du Gs Trophy 2018 en Mongolie venant de Malaisie viendra passer quelques jours chez moi… C’est ça l’esprit GS !!!!

En ce qui concerne l’organisation, il faut avouer que BMW se donne vraiment les moyens de faire fonctionner cette usine à gaz qu’est un GS Trophy. Imaginez : 140 motos, 35 véhicules d’accompagnement, un hélicoptère médicalisé, des équipes de tournage vidéo et photo, 4 médecins, 200 personnes à loger, nourrir sur un territoire équivalent à 7 fois la France, pratiquement désertique, c’était le quotidien des organisateurs lors de ce GS Trophy Mongolia 2018. Et je peux vous garantir qu’il n’y a eu aucun problème majeur….La rigueur et le sens de l’organisation à l’allemande, c’est quelque chose !!!!



Raids à moto dans des paysages grandioses : comment pensez-vous qu'on puisse communiquer favorablement sur ce type d'événements qui font rapidement râler "c'est pas écolo" ?

Le problème de l’écologie est un faux problème, chaque heure chaque avion se trouvant dans le ciel brûle 6 tonnes de kérosène, les usines dans le monde envoient des tonnes de CO2 dans l’atmosphère, l’ensemble du parc automobile également…. Quand vous connaissez l’avance au niveau de l’écologie que possède l’Allemagne par rapport au reste des pays, et le souci de l’organisation de l’impact écologique que va laisser cet évènement, je crois que l’on peut laisser râler encore un peu ces « bobos » pour qui l’écologie est un nouveau moyen de faire parler d’eux, mais sans qu’ils s’attaquent aux tout-puissants pollueurs de la planète…

GS Trophy - Jean Luc Donath

Comment ces deux vies se complètent-elles pour vous au quotidien ?

Tout d’abord je voudrais rendre un fervent hommage à mon épouse Annie, qui partage ma passion et me suit à chaque fois que c’est possible : voyage de noces en 1989 avec le tour de la Corse, traversée de l’Amérique du Sud en 2015 d’Est en Ouest pendant 1 mois avec 6 pays visités et 7600 kilomètres par les pistes, voyage au Montenegro et les balkans en 2014 et bien d’autres voyages à moto. D’ailleurs en 2019 nous fêtons nos 30 ans de mariage, et à cette occasion je suis entrain d’organiser un voyage d’un mois en Afrique du sud et la Namibie par les pistes en moto BMW R1200 GS bien évidement.

En ce qui concerne les GS Trophy, il n’est pas possible de partager cette aventure avec elle, mais elle sait à quel point c’est important pour moi, et m’encourage chaque jour à donner le meilleur de moi-même pour que j’arrive à mes objectifs. Ces voyages en moto sont le carburant de ma vie, et me permettent d’avancer toujours et encore sans lassitude ni routine du quotidien. C’est également une nourriture intellectuelle par la rencontre d’autres cultures, d’autres modes de vie, et permet de prendre conscience que la société de consommation dans laquelle nous sommes enfermés, n’est pas forcément le modèle social le plus adapté à l’humanité et surtout à notre planète.